7 mauvais arguments pour demander une augmentation

C’est la même chose chaque année : lors de l’entretien annuel vous demandez une augmentation significative de votre salaire. Après une longue discussion vous n’obtenez rien, ou alors trop peu. Et vous êtes déçu, vous en voulez à votre manager de ne pas comprendre votre dévouement à la tâche et votre sentiment d’être sous-payé.

Examinons un instant les raisons qui vous poussent à demander une augmentation. Sont-elles recevables par l’entreprise ? Et si elles le sont, dans quelle mesure peuvent-elles convaincre votre employeur de vous augmenter ?

Aujourd’hui, je vous propose de passer en revue quelques arguments qui ne vous aideront aucunement à gonfler votre revenu.

1/ J’ai besoin d’argent.

Très franchement, nous en avons tous besoin. Que votre situation financière soit difficile en ce moment me peine énormément mais je rappelle que le but d’une entreprise n’est pas d’enrichir ses employés. Peut-être devriez-vous vous occuper de mieux gérer votre budget.

Si ce besoin est ponctuel, l’entreprise peut éventuellement vous consentir une avance. Il y en a même qui prévoient des gratifications exceptionnelles pour certains évènements (si vous venez d’avoir un enfant par exemple). En revanche, n’espérez aucune augmentation récurrente avec cet argument.

2/ La vie est de plus en plus chère.

Quoiqu’en dise l’INSEE, la hausse des prix est tangible et je suis de ceux qui pensent que l’inflation est nettement sous-évaluée. Vous pensez peut-être que l’entreprise vous doit à minima le maintien de votre pouvoir d’achat. Si c’est le cas j’ai une mauvaise nouvelle pour vous : non seulement elle ne vous le doit pas mais en plus il est interdit d’indexer les salaires sur l’indice des prix à la consommation. Enfin, invoquer le coût de la vie revient à dire que vous avez besoin d’argent. Je vous renvoie à ce que j’ai exposé juste avant.

3/ J’ai de l’expérience et des qualifications.

Avant tout, félicitations ! Tout le monde ne peut pas en dire autant et c’est tout à votre honneur. Maintenant reste à savoir en quoi cela a de l’intérêt pour l’entreprise.

J’ai suivi des formations de géopolitique, j’ai dirigé une entreprise de bâtiment et j’ai quelques années d’expérience du management d’éleveurs de moutons en Afrique centrale. Croyez-vous que ça m’ait apporté un centime supplémentaire en SSII ? Pas le moindre ! Même mon MBA fraîchement acquis est discutable du point de vue d’une ESN.

J’exagère un peu et il est beaucoup plus probable que vous avanciez des éléments beaucoup plus proches de votre métier (une certification Microsoft, trois ans comme chef de projet d’application mobile…). Pourtant, si ce parcours ne crée pas une différence significative dans votre prestation, il n’a guère de valeur dans le contexte d’une demande d’augmentation.

Rappelez-vous : du point de vue de l’entreprise, ce qui compte c’est le résultat que vous produisez.

4/ J’ai bien fait mon travail.

C’est très bien ! C’est pour ça qu’on vous paie ! En signant votre contrat de travail, vous avez notifié par écrit que vous exécuteriez de votre mieux une activité en échange d’une rémunération convenue. Si vous vous contentez de bien faire votre travail, votre patron se contentera de bien vous payer la somme fixée en temps et en heure. C’est le contrat.

Quand vous allez prendre un verre vous ne laissez probablement pas systématiquement de pourboire. Vous le faites quand vous avez été servi rapidement, que la bière était fraîche et que le patron vous a renseigné sur l’emplacement de la rue Machin. S’il avait juste servi une bonne bière, vous auriez payé le prix indiqué et rien de plus. Eh bien en ce qui concerne votre travail c’est la même chose : on ne vous paiera rien de plus si vous faîtes juste votre travail.

5/ J’ai fait plus que ce qu’on attendait de moi.

Lorsque j’interviens en séminaire auprès de consultants, c’est un discours qui revient souvent : « j’ai fait plus que ce qu’on attendait de moi, je ne compte pas mes heures et le client est vraiment satisfait, je mérite plus et on ne me donne rien. » Devinez quoi ? Là encore l’argument est vite contré.

Sur la question des heures, personne ne vous a demandé de rester jusqu’à minuit au bureau tous les soirs. Ou si on vous l’a demandé, cela ne relève pas d’une augmentation de salaire mais de paiement des heures supplémentaires.

En ce qui concerne les résultats, êtes-vous bien certain que le « plus » auquel vous vous référez soit réellement un plus pour l’entreprise ? Que votre client vous adore au point de vous inviter à faire un tennis le dimanche a-t-il un quelconque intérêt si cela ne se traduit pas en résultats commerciaux (et financiers) ? Du point de vue de l’entreprise la réponse est non.

De même, vous pouvez passer la nuit à mettre à plat toute une partie du S.I. de votre client, si la SSII ne peut pas facturer ce travail vous n’avez apporté aucun « plus ». J’irai même jusqu’à dire que, ce faisant, vous avez agi contre les intérêts de votre employeur : à votre initiative, vous avez réalisé gratuitement une prestation qu’il aurait pu vendre. Si vous avez réclamé une augmentation après ça, c’est qu’il est plus que temps de repenser votre rôle de consultant !

Pas de panique cependant : il existe bien un « plus » qui conduit effectivement à une augmentation de salaire (il en existe même beaucoup). J’aborderai ce point en détail ultérieurement.

6/ Machin fait le même travail que moi et gagne davantage.

En invoquant cet argument vous êtes déjà plus près de la vérité. En effet le droit et les politiques RH sont entièrement d’accord avec vous : à travail égal, salaire égal. A ceci près que d’autres variables sont prises en compte.

S’il existe des grilles de salaire, l’individualisation de la rémunération est la règle dans les ESN. C’est assez logique puisqu’il y a autant d’activités différentes que de consultants. Il arrive parfois qu’un collègue fasse exactement la même chose que vous pour une rémunération supérieure de 20% à la vôtre. Cela ne vous paraît pas normal et je suis bien d’accord. Considérez cependant tous les paramètres.

En premier lieu, votre collègue exécute-t-il la même tâche avec la même efficacité ? A-t-il les mêmes qualifications ? La même expérience du sujet ? Est-il pressenti pour occuper des fonctions plus importantes à l’avenir ? Les critères qui influent sur la rémunération sont légions.

Quoiqu’il en soit, sauf à ce que vos profils soient exactement identiques, je vous déconseille cette approche : je trouverai toujours une différence pour expliquer l’écart de rémunération. En ce qui vous concerne, vous n’y gagneriez que l’image d’un consultant envieux, plus soucieux d’avoir ce que les autres ont que d’avancer par lui-même. Croyez-moi, vous ne voulez pas de cette image !

7/ L’entreprise a fait x% de croissance (avec x assez grand).

Cette fois-ci encore vous n’êtes pas tombé loin. Mais ce n’est pas non plus l’argument idéal. Effectivement si le résultat de l’entreprise a progressé cette année vous y avez probablement contribué et il serait juste que vous en profitiez. Je doute fort cependant que vous soyez l’unique responsable de cette progression et il vous sera difficile de démontrer votre contribution.

Si je force un peu le trait : vous avez peut-être même été contre-productif et c’est un autre qui a produit suffisamment de résultats positifs pour compenser les vôtres. Là encore, pas d’augmentation salariale à la clé.

La bonne nouvelle c’est que vous toucherez quand même quelque chose via la participation collective (et obligatoire pour toute entreprise de plus de 50 personnes). Ceci me permet d’insister une nouvelle fois sur votre objectif : gonfler votre rémunération et pas uniquement votre salaire.

Conclusion

Comme vous pouvez le constater, l’argumentaire d’une renégociation salariale n’est pas une chose simple. Les points qu’on voudrait spontanément mettre en avant sont faciles à contrer et ne conduiront pas au résultat souhaité.

Heureusement, il existe au moins autant d’arguments valides et tout à fait recevables. Dans le prochain article, je vous expliquerai comment les identifier.

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